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La femme qui boit
 
Un film de
Bernard Émond
CANADA 
2000
91'
 
 

Une vieille femme se souvient. Elle revoit une cuite qui, à 46 ans, lui a fait perdre son enfant, sa maison et tout ce qu'elle possédait. Le travail de la mémoire l'amène de plus en plus loin dans son passé, jusqu'au seuil de l'enfance.
Fille d'ouvrier, Paulette rêvait de quitter son milieu. A 18 ans, elle devient la maîtresse d'un homme en vue qui la cache et lui assure l'aisance. Mais elle le quitte pour Franck, le seul homme qu'elle a vraiment aimé, un voyou qui collectionne les femmes, qui la bafoue et qu'elle trompe en retour.
Entre les quatre murs de son appartement cossu, elle s'enferme progressivement dans la détresse, l'alcool et la solitude.
Au bout du compte, vieille femme dépossédée de tout, elle jette un regard lucide et désespéré sur son existence.
 

 
An old woman remembers. She revisits a drinking binge that, at the age of 46, caused her to loose her son, her home, and everything she owned. The act of remembering takes her deeper and deeper into her past, right to her adolescence.
Born into a working-class family, Paulette dreamed of something better. At eighteen she became the mistress of a prominent man who hid her and allowed her to lead a life of ease. But she left him for Franck, the only man she ever truly loved, a shady character no-good who collected women and humiliated her ; in revenge she cheats on him.
Within the four walls of her comfortable apartment, she progressively withdraws into misery, alcohol, and solitude.
At the end, a woman stripped of everything, she looks back on her life with lucidity and despair.

 

Le réalisateur Bernard Émond
Bernard Émond Bernard Émond est né à Montréal en 1951. Anthropologue de formation, il a vécu plusieurs années dans le Grand Nord canadien où il a travaillé pour la télévision inuit. Depuis 1972, il a collaboré à titre de réalisateur, scénariste ou monteur, à une trentaine de films ou vidéos. D'abord documentariste, cinéaste de la perte et de la mémoire il réalise "Ceux qui ont le pas léger meurent sans laisser de traces" (1992),
"L'instant et la patience" (1994), "La terre des autres" (1995),
"L'épreuve du feu" (1997), "Le temps et le lieu" (2000).
"La femme qui boit" est son premier long métrage.
 

 

Générique
Production
ACPAV
Bernadette Payeur
Tél : 1 514 849 22 81
Fax : 1 514 849 94 87
acpav@generation.net
1050 René-Lévesque Est,
# 200
Montréal, Qc H2L 2L6
Canada
2000
35mm ­ couleur ­ 91'
Réalisation (Direction)
Bernard Émond
Scénario (Screenplay)
Bernard Émond
Photo (Cinematography)
Jean-Claude Labrecque
Son (Sound)
Marcel Chouinard, Hugo Brochu, Martin Allard et Hans Peter Strobl
Musique (Music)
Pierre Desrochers
Décor (Art Designer)
André-Line Beauparlant
Montage (Editing)
Louise Côté
Interprétation (Cast)
Elise Guilbault (Paulette)
Luc Picard (Frank)
Michel Forget (Belley)
Gilles Renaud (Brunelle)
Lise Castonguay (Yvonne)
Ventes à l'étranger (Foreign Sales)
Lions Gate
Nick Meyer
Tel : 1 323 692 7300
Fax : 1 323 692 7373
5750 Wilshire Blvd, suite 501
Los Angeles, CA 90036
Etats-Unis
A Cannes (In Cannes)
Riviera Booth #M1
Distributeur (Distributor)
Christal Film
Christian Larouche
Tél : 1 514 336 96 96
Fax : 1 514 336 06 07
email@lionsgatefilms.com
3600, boul. Thimens
Ville-St-Laurent, Qc H4R 1V6
Canada
  Presse (Press)
Vanessa Jerrom
Tel : 33 (0)1 42 97 42 47
Fax : 33 (0)1 42 97 40 61
11, rue du Marché Saint-Honoré
75001 Paris France
A Cannes (In Cannes)
Tél/Fax: 04 93 94 32 40
Mobile : 06 14 83 88 82
Res. Palais Royal (rez-de-jardin)
13/15 avenue du Général Férié
   

Point de vue
Femme d'intérieur ou intérieur d'une femme ?
Bernard Émond descend dans la mine de la souffrance d'une femme. La femme qui boit. L'alcool est le remède mortifère à la portée d'une solitaire repliée derrière quatre murs. Le début du film montre Paulette au seuil de la mort. Et puis, on remonte le temps. Les conséquences, puis les moyens, enfin les causes.
Conséquences. Paulette vit dans la solitude, elle ne peut même pas exprimer de la tendresse envers son fils René, onze ans ; elle commande de l'alcool mais refuse aide et téléphones... Les moyens : comment Paulette est sortie de sa condition ouvrière. Enfin, les causes de la déchéance de Paulette, quand elle était jeune fille. Le "protecteur" qui semble la sortir du caniveau en réalité l'enferme.
Bernard Émond, fort de son expérience de documentariste tourné vers les marginaux, les gens âgés, choisit le parti pris le moins facile : ne pas succomber au voyeurisme. Pour la cuite de Paulette, il filme caméra à l'épaule, suivant la femme de pièce en pièce. La caméra n'imite pas "Dogma", elle chancelle selon les mouvements de la protagoniste.
 

 
La comédienne Elise Guilbault est l'atout principal du film : sans elle, pas de "Femme qui boit". Venue du théâtre --(Genet, Ionesco, Shakespeare...) elle a tourné huit films (dont deux de Léa Pool)-- et fait ici une composition de pur naturel, un mélange de sensualité et d'ingratitude qui ne tombe jamais dans le mélo. Comme dit Émond si joliment "Elise n'a jamais pris une brosse de sa vie, elle arrive pourtant à jouer l'ivresse...". Guilbault a un visage à la Barbara Sukowa, une voix chantante, un corps mince qu'elle drape dans des peignoirs pour tenter en vain de fuir la mort, une façon de se poser sur son lit comme pour y chercher un repos impossible.
Le deuxième mode de filmage, ce sont les plans larges du "passé" de Paulette, une façon de respirer dans le huis clos de l'appartement transformé par les décors et la lumière au fur et à mesure des arrangements de Paulette. Et les contre-plongées, quand Paulette se déshabille sous les rideaux orange ou quand les amants font l'amour sur un matelas échoué dans l'appartement vide...
"La femme qui boit" est un film d'époque. Années 50 de la cuite, années 30 et 40 des flash-back. Le Québec a connu la conscription au début des années 40, au moment de ses "années noires". Le soin apporté aux décors, aux costumes (les matières, les satins) reflète cette période.
L'intérieur de l'appartement de Paulette a suivi son ascension sociale. Meubles lourds, énorme électrophone, fauteuil club font écho à l'intérieur flou, confus de Paulette. On pense à "Jeanne Dielman 23 quai du Commerce, 1080 Bruxelles" (1975) de Chantal Akerman où la réalisatrice filmait de façon quasi documentaire trois jours de la vie d'une ménagère, prostituée d'occasion. Vingt-six ans plus tard, Bernard Émond reprend le challenge. Avec plus de compassion, plus d'émotion. Ici, la forme est l'éthique du film. On se laisse envoûter.

Claire Clouzot 

 
 
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