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vers le Syndicat français de la critique de cinéma

les films des "Spéciales"

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Kes
 

de Ken Loach
ROYAUME-UNI
1969
113'
 
 

Billy Casper est issu du coin le plus pauvre de la ville (Barnsley, Angleterre). Il n'arrive pas à se concentrer à l'école et se conduit mal. Il est régulièrement battu par son frère aîné et ignoré de tous. Un jour il trouve un faucon sauvage et cette expérience va le mener à la découverte de sa personnalité.
 
Billy Casper comes from the poorest end of town (Barnsley, England). He can't concentrate and does very badly. He is beaten up regurlarly by his elder brother and disregarded by everyone. Then one day he sees a wild Kestrel and this leads to a whole new side of his character being discovered.

 

Le réalisateur Ken Loach
Ken Loach Poor Cow (Pas de larmes pour Joy), 1967 Hidden Agenda, 1990
Kes, 1969 Riff-Raff, 1990
Family Life, 1972 Raining Stones, 1993
Black Jack, 1978 Ladybird, 1994
The Gamekeeper , 1980 Land and Freedom, 1995
Looks and Smiles (Regards et sourires), 1981 Carla's Song, 1996
A question of Leadership, 1981 My Name is Joe, 1998
Fatherland, 1986 Bread and Roses, 2000

 

Générique
Production
Kestrel Film
Tony Garnett
1969
Réalisation (Direction)
Ken Loach
Scénario (Screenplay)
Barry Hines, Ken Loach et Tony Garnett.
D'après le roman "A Kestrel for a Knave" (Un faucon pour un manant) de Barry Hines
Photo (Cinematography)
Chris Menges
Interprétation (Cast)
David Bradley (Billy Casper)
Freddie Fletcher (Jud Casper)
Lynn Perrie (Mrs Casper)
Colin Welland (Mr Farthing)
Brian Glover (Mr Sugden)
Son (Sound)
Tony Jackson et Gerry Humphries
Musique (Music)
John Cameron
Décor (Art designer)
William McCrow
Montage (Editing)
Roy Watts
35mm ­ couleur ­ 113'
   

Point de vue
Ken Loach est aujourd'hui le porte-drapeau de la tradition cinématographique britannique...
... lancée par le mouvement documentaire des années 30. Dans un contexte plus largement européen, Loach descend en ligne droite du naturalisme de Zola, qui pensait que la tâche du romancier était d'étudier "l'effet réciproque de la société sur l'individu et de l'individu sur la société". Ses films et ses productions télévisuelles détaillent les conséquences douloureuses sur la vie quotidienne des gens du peuple, des énormes changements politiques et économiques survenus en Grande-Bretagne depuis les années 60.
"Kes" (1969), son second film, marque un développement significatif ; il est produit par Tony Garnett et mis en scène par Loach, d'après le roman de Barry Hines, pour Kestrel Films. Cette compagnie de production indépendante avait été fondée par Garnett, Loach et des collègues, eux aussi militants de gauche, pour produire des émissions pour la BBC et la chaîne privée ITV dans un environnement plus favorable que ces grosses organisations bureaucratiques, qui n'avaient pas toujours bien accueilli leurs expériences et leurs innovations.
Aujourd'hui considéré comme un des meilleurs films de Loach et comme un classique du cinéma britannique, "Kes" reçut d'abord un accueil hostile de la part des distributeurs et des exploitants anglais, à cause de l'accent du Yorkshire, réputé inintelligible, des acteurs ; il fut même question de le sous-titrer !
Il est tout à fait significatif que "Kes" ait gagné un prix à Karlovy Vary : le naturel et la spontanéité des acteurs (non professionnels pour la plupart), l'affection avec laquelle Loach les regarde tout en les situant socialement avec une extrême précision rappellent irrésistiblement, en effet, les premiers films de Passer et de Forman.
Largement implicite dans "Kes", la dimension politique sera de plus en plus mise en avant dans les films que Ken Loach tournera pour la BBC sur la production industrielle. Y apparaîtra le thème central d'une bonne partie de l'œuvre de Loach : la direction du parti travailliste et celle des syndicats sont réformistes, pas révolutionnaires ; elles cherchent plutôt à restructurer le capitalisme dans un sens plus équitable qu'à l'abolir absolument ; elles ont donc un intérêt direct à désamorcer un militantisme ouvrier capable de menacer sérieusement le statu quo et la niche confortable qu'elles y occupent.
Les films de Loach sont tout autre chose que de simples tracts animés ; ses personnages ne sont jamais des symboles abstraits, mais des êtres humains tangibles et crédibles ; son souci de la vraisemblance l'a de plus en plus amené à utiliser des aspects du langage télévisuel qu'on associe davantage au documentaire.
A la fin des années 80, Loach avait donc mérité le titre peu enviable de réalisateur de télévision le plus censuré d'Angleterre, ce qui montrait clairement l'étroitesse des limites de ce qu'il était politiquement possible de montrer à la télévision anglaise de l'ère Thatcher. Les choses ne s'étaient pas beaucoup mieux passées pour lui sur le front du cinéma : là, les problèmes provenaient plutôt du manque de financement et des difficultés de distribution et d'exploitation que d'une censure ouverte.
"Family Life" fortement influencé par l'anti-psychiatrie lui valut ses premiers admirateurs en France mais fut peu diffusé en Grande-Bretagne, comme "Black Jack" et "Looks and Smiles". "Hidden Agenda" fut violemment attaqué par une partie de la presse. Enfin "Riff-Raff" plut à la fois aux admirateurs confirmés de Loach et à un nouveau public plus jeune.
Les années 90 furent pour Loach l'exact contraire des maigres et frustrantes années 80, durant lesquelles l'œuvre d'un cinéaste britannique majeur avait failli devenir invisible. Il restait difficile de voir ses films en Angleterre, mais ils avaient un public considérable à l'étranger. Tout en élargissant son horizon en abordant la guerre d'Espagne ("Land and Freedom") ou la révolution sandiniste ("Carla's Song"), il ne cessa pas pour autant de s'intéresser aux êtres mis en marge de la société anglaise contemporaine ("Raining Stones", "Ladybird", "My Name is Joe").
Sa vision, son point de vue sur le capitalisme n'ont pas changé : il le voit toujours comme une force brutale et destructrice dont les travailleurs continuent à être les principales victimes.
Mais Loach reste également attaché à une attitude d'observateur "impassible" qui doit autant à la pratique documentaire qu'à celle de la fiction.
Une telle constance est certes admirable, mais il y a un prix à payer : « C'est précisément parce que les préoccupations politiques et cinématographiques de Loach sont restées constantes qu'il est aujourd'hui en danger d'être mis à l'écart, comme étant démodé, et décalé par rapport à l'esprit du temps et à la renaissance supposée du cinéma anglais" écrit John Hill. Mais là encore, Loach penserait certainement qu'être écarté pour ces raisons-là est un compliment et une justification.

Julian Petley,
traduit par Michel Euvrard

 
 
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